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Le château Déliot

Vers le 10ème siècle existait déjà une position fortifiée située entre la route d'Estaires et la Lys. Ce "fort" fut pris d'assaut et complètement rasé par les troupes de Philippe Auguste en 1214. 
L'on présume qu'il fût élevé par le Seigneur de l'endroit pour protéger le Bourg des incursions normandes au 10ème siècle. Fut probablement, aussi pour cette raison, édifié à l'époque le château fort d'Erquinghem, qui fut longtemps la propriété des châtelains de Lille. 
En 1214, Roger IV, prisonnier sur parole de Philippe Auguste, reçut l'ordre de défendre le passage de la Lys contre les Flamands qui désiraient rallier les adversaires du Roi de France, peu avant la bataille de Bouvines. Le siège du château qui s'ensuivit dura 15 jours et au bout de ce temps, les envahisseurs furent contraints à la retraite. 
En 1283, Jean V, châtelain de Lille, vendit le château à Guy de Dampierre, Comte de Flandre. Erquinghem passa un peu plus tard sous la férule de Guy de Flandre, petit-fils de Guy de Dampierre, mort en 1345 et inhumé, à sa demande, dans l'église d'Erquinghem. C'est vers cette époque que la Seigneurie d'Erquinghem fur liée à celle d'Armentières. 
En 1678, Vauban fit démanteler le château qui fut entièrement rasé en 1814. 
En 1760, le Comte d'Egmont Pignatelli, Seigneur d'Armentières, vendit la Seigneurie d'Erquinghem à Jean Baptiste Vanzelier, écuyer du Roi ", Seigneur de Roders. 
Celui-ci, 10 ans après, le céda pour 250.000 livres au Comte Déliot, écuyer Seigneur des Landes et grand bailli des Etats.
Les chapelles

Il y avait autrefois à Erquinghem trois chapelles : l'une à la nomination du Seigneur, nommé de Bois Grenier, l'autre à l'abasse de Denain, collatrice de la dîme, la troisième à celle de l'Évêque d'Arras; cette dernière s'appelait la chapelle Messire Gui, parce qu'elle avait été fondée par Gui de Flandre, Seigneur de Richebourg et d'Erquinghem. 
Du château, il ne reste à peine que quelques débris.
La localisation

Village du canton et à 3 kms d'Armentières et à 19 kms de Lille, sur la rive droite de la Lys et sur la route départementale d'Armentières à Estaires.
Les armoiries
Déliot Egmont Erquinghem-Lys Flandres

Hameau de La Chapelle. 
Les armoiries sont d'or au lion de sable, à la bande d'azur, sur le tout argent, chargé de trois pals de gueules.
L'histoire

Un jour, un frisson plein d'horreur parcourut la Flandre. Les Normands étaient arrivés : c'est le fait capital et douloureux du 9ème siècle. Comme tous les ravageurs de peuples, ces pirates, qui avaient fait pleurer le Grand Empereur d'Occident, traçaient l'histoire de leur passage en lettres de feu et de sang. 
A cette époque, où l'Église elle-même ne pouvait rien contre eux qu'ajouter à ses litanies le lugubre verset : de la fureur des Normands, délivrez-nous, Seigneur, notre pays était désarmé et accessible. 

Bientôt se creusèrent des fossés profonds, des herses se dressèrent bardées de fer, des ponts-levis furent construits, des murs épais furent crénelés et l'on vit s'élever, dominant tout cela, des tours pour le guet et les archers. 
La défense de ces forteresses se confia à des guerriers nobles et valeureux entre tous, qui prirent d'abord le nom de vicaires. Ils avaient pour mission de conserver la place elle-même et de protéger les populations aux alentours. Ils ne tardèrent pas à s'appeler châtelains. 

Castrum, castellum, d'où castel, château, désigne chez nos vieux chroniqueurs une forteresse placée sur une éminence ou motte, au bord d'une rivière et destinée non seulement à défendre le bourg aggloméré peu à peu sous son ombre, mais encore à garantir le pays environnant dans un certain rayon. 
Tel devait être, au 9ème siècle, le château d'ERQUINGHEM, et l'hypothèse est d'autant plus rationnelle, que les Normands, ces habitués des tempêtes, affectionnaient les cours d'eau. Ils abandonnaient volontiers leurs radeaux plats, au commode transport des rivières. La Lys leur servit de véhicule. 
Il fallait contre ces envahisseurs, des redoutes inaccessibles. Le château d'Erquinghem acquit, dès 1213, une existence historique. A cette époque, le Comte Ferrand se détermina à aller assiéger le fort que Jean, Châtelain de Lille, détenait pour le Roi de France. Les Flamands ne purent jamais traverser la Lys. Le Châtelain de Lille défendait la forteresse en sa qualité de garant du traité de Pont-à-Vendin. 

Après l'attaque inutile de Ferrand, le Roi Philippe Auguste fit raser le château d'Erquinghem pour ôter une retraite aux Flamands. Plus tard, cette place forte fut réédifiée par Guy, Comte de Flandre, qui la donna avec tout ce qu'il possédait dans le village, à son fils Guy, dit de Namur, Comte de Flandre. Ainsi le village dont nous entreprenons la notice pourrait avoir pour origine cette époque pleine de larmes, où les hommes du Nord saccagèrent si impitoyablement la pauvre Flandre. 

Dans plus d'un village de notre arrondissement, il reste des tronçons, des débris de monuments, des tombeaux, qui révèlent les temps passés et suscitent à l'esprit des pensées profondes. Dans quelques rares villages, on voit encore les restes antiques d'un château-fort, les vieilles tourelles d'un castel féodal que l'histoire revendique avec bonheur. Quelques unes de ces demeures seigneuriales offraient de ces particularités que la curiosité avide relit avec effroi dans les romans qui les ont amplifiées. Nul de nous n'a visité ces ruines sans frémir. 
A la vue de ces oubliettes, de ces puits sans fond, de ces crochets, de ces blocs énormes de pierre encore teints de sang, auxquels ont été attachés des victimes et des coupables, on songe heureusement tout cela est passé pour toujours. Le Seigneurie du village appartenait en 1330 à Jean de Luxembourg, Seigneur de Phalempin, qui épousa Alix, Dame d'Erquinghem, fille de Guy de Flandre, petit fils de Guy de Dampierre, de laquelle Alix est venue la branche de Fiennes, de la souche des Luxembourg auxquels Erquinghem est échu en apanage. 
Thibaut, arrière-neveu dudit Jean de Luxembourg, épouse Philippette de Melun, fille du Seigneur d'Antoing, alliée à tout ce qu'il y avait de plus qualifié dans la noblesse du pays. Françoise, héritière de la terre d'Erquinghem, par suite de la mort de son frère Jean, décédé sans enfant, a épousé Jean, Comte d'Egmont. C'est ainsi qu'au 16ème siècle la véritable Seigneurie d'Erquinghem appartint aux d'Egmont. 

Le village avait son usage particulier pour la judicature; il devint commune et à l'ombre des ses coutumes locales, il pouvait espérer des jours heureux. Sous le règne de Louis de Nevers et Louis de Mâle, Erquinghem eut beaucoup à souffrir: d'un côté, les Anglais et les Gantois, de l'autre les Français et surtout les pillards bretons. 
Ouvrons les annales de Flandre et nous lisons : les maux que firent les Anglais à Erquinghem et aux environs ne sont rien en comparaison des désastres occasionnés par les Français. L'on redoutait surtout les bretons qui étaient plutôt des brigands que des soldats. Ils étaient surtout si licencieux et si cruels que tout le pays tremblait à leur nom : Foedi, stupatores et latrones crudeles, dit Meyer. 

Chez les autres, l'on trouvait encore un peu de pudeur et de pitié; pour eux rien n'était sacré : les biens, la religion, les hommes, les femmes, peu importe. Aussi l'on ne voyait sur les routes d'Erquinghem et d'ailleurs que des gens en fuite. Les uns se cachaient dans les bois de Nieppe, dans les marais du côté d'Estaires, dans les collines ou même dans les fossés qui séparent Armentières du village, d'autres se réfugiaient jusqu'en Artois, en Hollande et même en Angleterre. Plusieurs même des gens du pays s'enrôlèrent dans les rangs des Anglais ou des Français pour échapper à une mort cruelle. En 1423, la Lys s'enfla d'une manière effrayante. 
A Erquinghem et dans les environs, on ne put faire les semailles, les maisons, les étables, les bestiaux étaient emportés par les flots. La campagne plate et unie était devenue un vaste lac que l'on ne traversait qu'à l'aide de barques et même de bateaux, scaphis navigabantur. 

Un siècle plus tard, plus grand fut l'émoi que causèrent les gueux. Ces réformateurs d'un nouveau genre s'étaient réunis en force autour d'Armentières, dont ils brûlèrent l'église en 1556. Ils ne se firent pas faute d'envoyer un détachement jusqu'à Erquinghem, où ils prélevèrent leur tribu habituel. Ils saccagèrent l'église et la maison du curé. Le traité d'Arras avait apaisé les discordes religieuses. Malheureusement l'on n'était pas loin de l'an 1640. A partir de cette année, la guerre commencera à étendre ses ravages.

 Pendant que les Espagnols faisaient le siège d'Aire, les Français menaçaient Armentières et La Bassée. On peut dire qu'Erquinghem était pris entre deux feux. Le passage et les exigences des troupes ne laissaient pas de trêve aux habitants. Des exigences d'une autre espèce vexèrent encore les habitants en 1647, lorsque l'Archiduc Léopold entoura de tranchées la ville qu'il voulait reprendre sur les Français. Pendant 14 jours les cultivateurs furent réquisitionnés à venir en aide aux assiégeants. Le Marquis de Caracène avait établi son quartier à Erquinghem. Heureusement qu'en 1667, les succès de Louis XIV rendirent Armentières à nos généraux, qui firent démanteler la place, au grand soulagement des voisins qui n'avaient plus à redouter ainsi des sièges dont Erquinghem était la première victime. Une ère nouvelle devait commencer en 1789. Mais la transformation ne pouvait s'opérer sans secousse. Elle fut d'une violence gigantesque. 

L'Europe s'en mêla, lança contre nous tous ses défenseurs et bientôt, en 1792, le pays fut envahi par les 60.000 Autrichiens qui échouèrent devant Lille et les 300.000 hommes de race diverses qui ne reculèrent que plus tard. Les soldats de la Révolution, comme ceux de l'Europe, passèrent par Erquinghem, lorsque l'armée du Nord livra avec Pichegru la bataille d'Hondschoote. Il serait difficile d'oublier la gloire et les misères de ces temps-là. (Extrait du livre : 'Les communes de l'arrondissement de Lille par Victor Becquart, aux imprimeries Danel en 1879').

Copyright © 2010 Erquinghem-Lys.com Dernière mise à jour le : 08/03/2015 Retour