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Georges LANDTSHEERE

Pour présenter l'auteur de créations plastiques ou artistiques, le mieux est d'évoquer les motivations qui ont permis la mise en œuvre de celles-ci , en d'autres termes d'observer les racines grace auxquelles ces réalisations ont pu voir le jour .


En ce qui me concerne, je fus le spectateur privilegié dans les premières années de ma vie , de l'activité créatrice de deux artisans/artistes , je veux parler de mes deux grand-pères .


Le premier était peintre en batiment de son metier, ce qui convenait bien a quelqu'un qui se transformait en artiste-peintre aussitot rentré à la maison.
Il était dans les deux domaines conciencieux et respectueux de son travail. L' avais huit ans quand il ma offert ma premiere boite de couleurs a l'huile, fabriquee et composee par lui~meme .
Plutot modeste et mesuré, il travaillait dans sa mansarde amenagée en atelier et à le voir manipuler tous ces objets qui laissent une trace indélébile, j'ai eu envie de découvrir comment faire prendre corps à ce qu'on a dans la tête par une empreinte définitivement fixee sur la toile.

Le second était un veritable conteur-poète, d'une sensibilité à fleur de peau révélée par la traduction permanente et instantanée qu'il faisait de la nature et des comportements humains en une impitoyable phrase lapidaire, toujours d'une précision de chirurgien .
Son univers intime était peuple de tout ce qui dégage une émotion dans le cœur des hommes, et en particulier de tout ce qui est vivant.
Ce n'etait pas quelqu'un de généreux, c'etait la générosite mme dans le sens ou il ne s'occupait pas de lui-même.
Il n'a jamais su ce que coutait un demi de bière ou un paquet de gris, simplement il fumait s'il avait du tabac et il buvait s'il était heureux .
Mais il aurait donné ce qu'il avait de mieux au premier passant qui l'aurait honoré d'une conversation. Car comme nous tous encore aujourd'hui, il avait besoin de reconnaissance.
Alors quand on lui en manifestait un peu, ses enfants, ses voisins, son patron, eh bien il oeuvrait: il devenait maitre-charpentier, horticul teur­paysagiste ,maçon, il fabriquait des filets de peche, des nasses, des cages a oiseaux, mais avec un tel souci de perfection que ses réalisations lui apportaient un bonheur excessif quand c'était reussi et une déception dramatique quand c'était raté traduite en ce temps là par une démonstration de rage qui ferait fremir nos contemporains.
Je n'ai jamais péché un brochet, foudroyé une sarcelle, bricolé un peu de ciment ou cloué une planche sans penser a ce grand-père paternel. Comme je n'ai jamais pu empoigner un pinceau sans respirer l'odeur de la mansarde de mon grand-pere maternel.
Je traduis des émotions que je crois avoir en commun avec l'un par les techniques soignees de l'aufre . Et comme eux , modestement je fais.
Et des qu'on me gratifie d'un regard , l'ai l'impression que ce sont eux qui , forcément fièrement , observent mon travail ...

En tous cas et surtout dans celui où il le méritait, je sais que de où ils sont, c'est à eux deux qu'en reviendrait l'honneur .

Copyright © 2010 Erquinghem-Lys.com Dernière mise à jour le : 20/08/2008 Retour