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Articles published in 2006  
 L'Histoire de Paul BRISOUX
 

Voici l’histoire de Paul BRISOUX, un erquinghemmois de 22 ans qui n’est pas rentré au pays…

Paul BRISOUXPaul Louis BRISOUX est né le 28 Août 1922 à Paris Xéme au numéro 40 de la rue Bichat.

Il est le fils d’Albert (1897-1972) et de Louise DUMONT (1901-1987). Albert, employé SNCF est muté à Armentières. La famille vient alors s’installer à Erquinghem-lys, rue Delpierre (actuellement N° 192).

Paul n’a pas 10 ans. Il est scolarisé à l’école publique des garçons. Il apprend la musique et joue de la flûte traversière.

En 1933, il figure sur la photo de la Clique scolaire de l’Amicale laïque.
Paul aime aussi le sport, de 1937 à 1939, il détient une licence d’éducation physique U.F.O.L.E.P. Il pratique la gymnastique, toujours au sein de l’Amicale laïque.

Jusqu’en avril 1943, Paul travaille à l’usine textile MAHIEU, route d’Houplines à Armentières. Il y fait la connaissance de Marcelle GAMELIN. Leur mariage est célébré en avril 1942. Les jeunes époux habitent désormais au Vieux Fort Mahieu.

 

Le 3 mai 1943, Paul est requis pour le Service du Travail Obligatoire (S.T.O.). Il part donc en Allemagne, laissant à Erquinghem-lys Marcelle qui attend un bébé (leur fils Paul naîtra en septembre 1943).

 

Le 26 mai 1943, Paul signe une demande de passeport français afin de travailler pour le Landrat de MARIENBERG (Saxe). Le passeport lui est délivré le 23 octobre 1943 (N° 268828).

Durant plus d’un an, il écrit régulièrement à sa jeune épouse et à son fils, et ce jusqu’au dimanche 17 septembre 1944.

 

Ce jour là, en effet, il est arrêté par la Gestapo pour – nous citons les termes du document émanant du Ministère de la Défense – « propagande gaulliste, écoute de la radio alliée, essai d’organisation de groupement de résistance ».

Il est interné à la prison de CHEMNITZ (Saxe).
Il est transféré successivement le 23 septembre 1944 vers le camp de concentration de FLOSSENBÜRG (matriculePaul BRISOUX 26843) et le 23 octobre 1944 vers celui de MAUTHAUSEN (Autriche) où il décède le 13 avril 1945.

 

Daniel BONINO, qui a été détenu avec Paul, témoigne (courrier écrit le 3 décembre 1945 au sanatorium de SAINT-BLASIENS) :

« J’ai connu Paul BRISOUX le 17 septembre 1944 à la prison de CHEMNITZ (Saxe) Allemagne où il fut arrêté pour divers motifs que je ne sais !

En Allemagne il était travailleur S.T.O. Paul BRISOUX et moi-même, nous sommes restés 7 jours à CHEMNITZ.
Le 23 septembre 1944 nous étions transférés de la dite prison au camp de concentration de FLOSSENBÜRG où nous sommes restés jusqu’au 23 octobre 1944.

Ensuite nous fûmes dirigés sur les camps de MAUTHAUSEN, GÜSEN 2 (Autriche).

Paul BRISOUX était mon meilleur camarade, nous travaillions ensemble à l’usine souterraine Messerschmitt, nous nous partagions toujours la maigre pitance que l’on nous donnait. Il était aussi mon compagnon de lit. En un mot, c’était un bon camarade.

 

 

Jusqu’à fin janvier 1945 Paul BRISOUX avait un excellent moral et, malgré nos privations et souffrances, était encore en bon état physique et en bonne santé. Il me parlait souvent de sa jeune femme et de son fils Paul.

Mi-février les mauvais traitements qu’il eut à subir le démoralisèrent beaucoup. Puis successivement il fut malade, grippe, angine, et oedèmes aux jambes.
Il marchait péniblement, mais il n’osait rentrer à l’infirmerie du camp qui était un vrai enfer pour les détenus qui ne pouvaient travailler.

Fin février, mon camarade souffrant beaucoup, ne pouvant plus se traîner était envoyé quand même à l’infirmerie du camp. Il y entra dans un état lamentable et dans une extrême maigreur.
Il se faisait beaucoup de mauvais sang et n’avait plus le moral. La veille de ce jour de fin février où il devait rentrer à l’infirmerie, j’ai beaucoup parlé avec lui, essayant de lui redonner un peu le moral, mais rien n’y faisait, mon camarade n’ayant plus conscience de rien.

Entre temps l’extermination régnait aux camps de GÜSEN. Des choses horribles se passaient, « surtout à l’infirmerie ».

 

Depuis que mon camarade est rentré à l’infirmerie, je n’ai plus jamais eu aucune nouvelle de lui.
D’ailleurs, il était très difficile, je vous l’avoue d’en avoir.»

 

 

La mention « Mort pour la France » a été attribuée à Paul par décision ministérielle du 19 juin 1948.
Par une autre décision ministérielle, du 8 juillet 1954 cette fois, la qualité de déporté politique lui a été reconnue.

L'inscription sur le monument

Pour les siens, de nombreuses questions se posent désormais : -Paul doit-il être considéré comme une victime civile comme l’atteste l’inscription sur le monument aux morts ? -Quelle est l’importance des actes commis par Paul qui ont provoqué son arrestation et sa déportation ? -Comment est-il mort ? -Qu’est devenue sa dépouille ? -

Paul a été reconnu « victime d’actes de barbarie durant la 2éme guerre mondiale » (décret 2004/751 du 27 juillet 2004 paru au journal officiel le 29 juillet).

A-t-il subi, durant la semaine passée à la prison de CHEMNITZ, des actes de violence identiques à ceux décrits par Adolf DIAMANT, Publiciste de Francfort, dans son ouvrage intitulé « Gestapo Chemnitz » ?

Plusieurs personnes témoignent, de manière unanime, que dans les caves du bâtiment de la Gestapo de la rue Kassberg, des hommes étaient enfermés et, là, battus avec barbarie.
Il a été confirmé que dans les caves se trouvaient suffisamment de pièces pour maltraiter, en particulier dans la laverie où l’on pouvait enlever des murs et du sol le sang des torturés…

Dans les pièces administratives et les chambres de torture de la Gestapo se déroulaient des scènes très cruelles perpétrées par des sadiques méprisant la personne humaine : des hommes étaient maltraités et fouettés simplement parce qu’ils étaient Chrétiens ou Juifs, parce qu’ils venaient des rangs des partis social-démocrate, communiste, ou des syndicats. Avec des casse-têtes, des fouets, des gourdins, on menait les interrogatoires jusqu’à ce que le sang des victimes coule de la bouche, du nez des oreilles.
Selon des témoins, les hommes dans les cellules se taillaient les veines, se pendaient, sautaient des fenêtres dans le vide ou prenaient des poisons pour échapper à d’autres sévices, à d’autres coups.

 

Ne plus jamais oublier ces horreurs d’interrogatoires sadiques et de mépris de l’homme…
A partir de 1940, les travailleurs forcés ne s’occupaient pas seulement de la propreté des locaux mais aussi du nettoyage du sang des suppliciés et des morts dans les cellules.

Recherches : Mrs Paul BRISOUX fils et Horst HOWE ; Traductions Agnès COUSIN ; Rédaction Philippe DEMON
Copyright © 2005 Erquinghem-Lys.com Dernière mise à jour le : 05/11/2007 Retour