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| | Une visite étonnante au Musée d’Ercan | | | |
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Ils sont arrivés en voiture le dimanche 10 juillet sur la place de l’église. Aussitôt garés derrière l’église Saint Martin, ils sont descendus du véhicule et se sont dirigés vers le cimetière militaire britannique.
Manifestement, ils cherchaient une pierre tombale. Ils la trouvèrent assez rapidement, et se rassemblèrent autour d’elle. Puis, ils explorèrent les autres allées, s’immobilisant de temps en temps devant plusieurs stèles.
Ce devoir accompli, ils retournèrent vers la sortie, et l’un d’entre eux ouvrit la petite porte qui contient le livre des visiteurs du cimetière pour y inscrire une pensée. Puis ils jetèrent un long regard curieux vers le Musée.
C’est alors qu’un des membres de l’association « Erquinghem-lys et son histoire » se décida à aller vers eux, pour les inviter, s’ils le souhaitaient, à visiter le musée.
Tous parlaient en anglais et, seule, la dame qui paraissait conduire le groupe connaissait quelques mots de français. L’anglais de leur interlocuteur n’était pas parfait, mais cela suffisait pour que tous se comprennent.
Image: Left to right: Alexandra Murray, Martin Oppenheimer and his son Joe, Jillian Oppenheimer, Isabelle Guyot and her mother Melanie Oppenheimer.
Ils étaient heureux de pouvoir converser avec les gens d’Erquinghem-lys, et il dégageait de chez eux une telle amabilité, une telle gentillesse que l’envie d’en savoir un peu plus sur leur présence en ce lieu était forte.
Ils étaient Australiens et n’étaient pas là par hasard.
Ils avaient fait ce long voyage pour suivre les traces du soldat A.S. Poss NIVISON, leur ancêtre, qui avait combattu en France et en Belgique lors de la Première Guerre Mondiale.
Ils voulaient particulièrement se recueillir sur la tombe du soldat Clive QUINN, qui fut tué le 27 avril 1916 à Erquinghem-lys à l’âge de trente ans. Avant la guerre il habitait Sydney et il était le fils de James et Emily Ann. Il avait été le meilleur ami de Poss NIVISON.
Ils voulaient aussi se recueillir sur les tombes des camarades de leur parent, tombé en combat et inhumé dans la terre de France, bien loin de chez eux.
Ils étaient venus en famille, à sept, et leur avion les avait déposés en Belgique.
La dame était la fille de Poss NIVISON. Elle s’appelle Jilian OPPENHEIMER. Elle était accompagnée de son mari, Bruce MITCHELL. Il y avait aussi les petits enfants de Poss NIVISON : Martin OPPENHEIMER, Alexandra MUSRAY et Mélanie GUYOT ; ainsi que ses arrière-petits-enfants : Joe OPPENHEIMER et Isabelle GUYOT.
Souvent ils avaient entendu parler de la France par la bouche du père de Jillian, ou par les écrits qu’il avait laissés. Et Erquinghem-lys ne leur était pas inconnue.
| | Poss NIVISON (1894 – 1965) | | | |
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Alex STRATFORD NIVISON est né le 4 mars 1894 à Walcha, une petite ville du nord-est de la Nouvelle Galles du Sud (Australie), située entre Tamworth et Kempsey.
Il était le neuvième enfant d’une famille qui en comptait onze.
Lorsque la guerre fut déclarée en Europe, il se porta volontaire, comme de nombreux milliers d’autres jeunes Australiens et comme son frère aîné Towser, pour combattre avec l’Armée Britannique sur le sol de France.
Il fut affecté à la 14éme batterie de la 5éme brigade australienne d’artillerie de campagne, et il débarqua sur les côtes françaises en septembre 1915. Le 10 avril 1916, il arriva à Erquinghem-lys.
Pendant toute la durée de la guerre, Poss NIVISON écrivit de nombreuses lettres à sa mère. Et quand il se trouva dans la région d’Armentières, il notait, peut-être pour rassurer sa famille, que les premiers jours « il régnait une certaine tranquillité sur la ligne de front ».
Quelques obus, tirés par l’artillerie allemande, tombaient bien ça et là, « mais sans causer de dégâts très importants»…
Photo : A.S. (Poss) Nivison – 1915 en uniforme tel que celui qu’il portrait à l’époque où il fut blessé.
…Hélas, il n’en fut pas de même le 25 avril, les bombardements se succédaient, beaucoup plus violents. Et le 27 avril, à midi, un drame affreux endeuilla la commune.
Trois soldats australiens avaient amené des chevaux à la rivière, du côté de l’église, pour les abreuver. Il s’agissait de Squis WILLIAM, de Clive QUINN et de Poss NIVISON.
Ils parlaient entre eux et plaisantaient avec quelques petits enfants qui les observaient, lorsque l’explosion, soudaine, se produisit. Un obus allemand de huit pouces (20cms) venait d’éclater à 15 mètres d’eux dans la rue de l’église, face à l’estaminet VERHILLE (de nos jours, derrière le Monument aux Morts).
Les chevaux tombèrent et leurs rênes furent arrachées des mains de squis WILLIAM.
Poss NIVISON fut atteint par un shrapnel qui se logea dans le dos, sous l’épaule gauche et non loin du cœur, et clive QUINN fut tué instantanément, un éclat d’obus le touchant à la tête.
Trois enfants erquinghemmois furent également tués : Marcel DECANTE, âgé de sept ans, Eveline VERHILLE, six ans et son frère Léon VERHILLE, trois ans. Les deux premiers se trouvaient au milieu de la rue lorsque l’obus percuta le sol. Marcel DECANTE fut complètement déchiqueté et Eveline VERHILLE fut tuée par la déflagration, et Léon VERHILLE, assis sur le seuil de sa maison, reçut un éclat à la tempe gauche qui le tua sur le champ.
La douleur des mamans faisait peine à voir, et Emilie VERHILLE était atterrée. Quatre mois auparavant, le 22 décembre 1915, elle venait de perdre son mari, également prénommé Léon.
Cinq autres enfants furent aussi blessés et survécurent à cette tragédie, dont Charles VERHILLE, quatre ans, le frère des deux malheureux enfants tués. Blessé par un éclat d’obus qui lui traversa le bras gauche, il resta handicapé pour le reste de sa vie.
Un médecin militaire, le capitaine-major MACKENSIE le soigna à domicile une quinzaine de jours avant de le diriger sur l’hôpital d’Hazebrouck.
Et lorsqu’il revint, Charles VERHILLE (1911-1996) devint la mascotte du régiment britannique « Royal Fusillier », dont il sera nommé caporal.
L’enterrement des trois enfants eut lieu au milieu d’une foule considérable dans le cimetière, qui, à cette époque, entourait l’église. Et une garde d’honneur de soldats australiens se tenait près des cercueils pour s’associer à la douleur des familles.
Quant à Poss NIVISON, après avoir reçu les premiers soins, il fut dirigé sur l’ambulance de Merville et ensuite sur l’hôpital de Boulogne-sur-mer. Le 14 mai 1916, il fut évacué en Angleterre, à l’hôpital auxiliaire australien d’’Harefield (près de Londres) où il put finalement être opéré avec succès.
Après une convalescence, il revint en France pour être affecté à la 26éme batterie de la 7éme brigade australienne d’artillerie de campagne. D’autres campagnes l’attendaient : Messines, Ypres, Passchendaele.
Pour sa bravoure, il fut décoré de la médaille militaire, et devint lieutenant le 1er septembre 1917. Ce fut ensuite la campagne de la Somme.
La guerre terminée, il rentra en Australie et, en 1927 à Sidney, il épousa Nancy MUNRO. Le couple eut trois enfants : Jane Mary (1928), Jillian Anne (1930), et Peter MUNRO (1933).
Pendant toute la durée de la guerre, Poss NIVISON envoya de nombreuses lettres à sa mère. Celles-ci furent conservées et récupérées par Jillian, sa fille, qui les compila pour en former un ouvrage relatant l’histoire de son père pendant la Guerre Mondiale dans les brigades australiennes d’artillerie de campagne.
Intitulé « Horses and Guns » (chevaux et fusils), ce livre, écrit en anglais et édité en 2005, est illustré de plus de cent photographies.
Jillian OPPENHEIMER, avec sa famille, a désiré visiter Erquinghem-lys pour découvrir l’endroit où son père a servi et où la tragédie se passa.
Tous furent heureux de pouvoir se recueillir sur la tombe de Clive QUINN, le grand ami de Poss NIVISON, et tous furent impressionnés de voir les tombes de guerre si bien entretenues.
Très satisfaits de leur visite, ils quittèrent le musée et la ville, pour continuer leur pèlerinage vers Messines, Passchendaele, Ypres et la Somme. Autant de lieux où Poss NIVISON avait vécu et combattu.
Et finalement, ils se rendirent à Verdun où un autre jeune soldat avait combattu. Un soldat qui s’appelait Martin OPPENHEIMER, un allemand qui avait servi comme lieutenant dans un régiment bavarois de l’armée allemande, et qui, lui aussi, survécut à la guerre.
Plus tard, celui-ci quitta l’Allemagne pour s’établir en Afrique du Sud, lorsque les Nazis prirent le pouvoir. Il y fonda une famille et eut un fils, prénommé Herbert.
Des années plus tard, Herbert OPPENHEIMER émigra en Australie. Il y rencontra Jillian, l’épousa et devint ainsi le grand-père des trois petits-enfants de Poss NIVISON.
Pour les petits-enfants de la famille NIVISON, la guerre est la cause directe de leur existence.
Poss NIVISON et Martin OPPENHEIMER, les deux grands-pères des enfants de Jillian, combattirent dans les camps opposés. Ils ne participèrent pas aux mêmes campagnes, mais ils se trouvèrent, chacun d’eux à des moments différents aux mêmes endroits.
Lorsque Poss NIVISON passait sa convalescence en Angleterre, après sa blessure, Martin OPPENHEIMER se trouvait sur la ligne de front, près de la Lys. Et quand le premier combattait dans la Somme, le second servait à Verdun. Ils ne se rencontrèrent pas, mais la guerre, par un curieux hasard, allait réunir leurs deux familles et créer leur descendance.

Jillian OPPENHEIMER et sa famille sont aujourd’hui rentrés en Australie. Ils ont passé près de trois mois dans notre région et n’oublieront jamais leur périple.
Jillian a laissé une lettre pour raconter son histoire et celle de son père.
Elle termine son récit par cette phrase : « L’absurdité de la guerre nous accompagna tout le temps de notre intéressante et nostalgique visite de la Belle France en Juillet ».
Image : NIVISON family : Left to Right (front) : Jillian Oppenheimer, Isabelle Guyot, Bruce Mitchell (Husband of Jillian)
(middle) Alexandra Murray and Melanie Oppenheimer Guyot (sisters)
(back) Martin and Joe Oppenheimer (father and son)
| | Jillian OPPENHEIMER : Australians on pilgrimage to France | | | |
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On 10 July 2005 an Australian family group, descendants of Gunner (later Lieutenant) A.S.‘Poss’ NIVISON, visited Erquinghem-Lys at the beginning of their pilgrimage to the World War 1 Western Front. The group included the daughter, three grandchildren and two great grand children of Poss NIVISON, who had volunteered in Australia in 1915 to join the first Australian division to fight with the British army in France.
Within weeks of NIVISON’s arrival he was among those severely injured in Erquinhem on 27 April 1916 when a shell burst in the village near the church with devastating effect. Some distance behind the front line of fighting three Australians soldiers had been watering their horses at the river chatting to a group of small children when the calamity occurred.
Three children, one Australian soldier and several horses were killed. Others were severely wounded, including Poss NIVISON whose forehead had been grazed by shrapnel and another had lodged beneath his left shoulder near his heart.
His good friend, Gunner Clive QUINN, was instantly killed and is buried in the Erquinghem cemetery. The three children also killed were Marcel DECANTE, Eveline and Leon VERHILLE, and five others were wounded in the blast.
After treatment at a Canadian Casualty Clearing station, Poss NIVISON was later transported to England where two operations finally removed the shrapnel from his back.
During the rest of 1916, following his convalescence, he trained as an officer and returned in May 1917 to fight with the Australian 26th Battery, 7th Australian Field Artillery in Messines, Passchendaele, Ypres and finally the Somme campaigns. He returned to Australia in May 1919 and spent the rest of his life as a sheep farmer in the Walcha district.
While at Erquinghem in 2005 the NIVISON family descendants placed a red poppy, symbol of the blood of those who died during that dreadful conflict, on the headstone of Clive QUINN.
During the rest of their visit to places where Australians fought and died they also placed poppies beside the names of the many soldiers from their home town, Walcha in New South Wales, who also fought and died defending France. (Poppies)
From Erquinghem the family followed Poss NIVISON’s route through his former battlefield sites and also sought the graves of Australians from his home town.
They drove to Fromelles, to Hazebrouck, Bailleul, Ploegsteert, Messines, Zillebeke, Hyde Park Corner, Passchendaele, and Langemark to Ypres, where in the evening, they joined many others to hear the Last Post sounded at the Menin Gate.
From there they drove to Vimy Ridge, Arras, Peronne, Albert, Pozieres windmill site, Thiepval and south along the Ancre river to Heilly, Villers Brettoneux, Corbie and further south-east to Verdun and the French-American sector of the war.
Image on the right : Menin Gate with buglers playing the Last Post.
The drive back to Paris was via Reims whose beautiful cathedral was fortunately behind the war zone and escaped destruction.

The five days spent in France during summer 2005 was an experience the Nivison family will never forget, especially the beautiful French countryside where the war graves are so well maintained.
The grave memorials are greatly appreciated by visitors, although they remind us of the tragic past.
(Text and Photos of Jillian Oppenheimer family)
Image : NIVISON descendants at Vimy Ridge – grand children and great grand children of A.S.( Poss))Nivison. Left to right : Joe and Martin Oppenheimer, Isabelle Guyot, Mélanie Oppenheimer Guyot and Alexandra Murray. |